Archiviste, acteur culturel

Il n’y a pas si longtemps, les archivistes étaient des connaisseurs, des érudits qui maîtrisaient avant tout le contenu des archives. Ils avaient souvent étudié en histoire et approfondissaient leurs connaissances au fil des années. C’était une vocation plus qu’un emploi et rarement on les voyaient changer d’institution. Les archivistes incarnaient la mémoire de l’institution, eux, autant que les archives.

Theodore Schellenberg, un des pères de l'archivistique moderne, Kansas State Historical Society.

L’évolution rapide de la profession

Comme le dit la chanson, “Le monde a bien changé” et rapidement! L’archivistique est devenue une discipline en soi. Les connaissances entourant l’acquisition, le traitement, la diffusion et la préservation se sont grandement développées. De maîtres du contenu, ils sont devenus maîtres du contenant, de son support plus que son information. Plus fréquemment, on a vu les archivistes bouger, passer d’un poste à l’autre, devenir des gestionnaires et maintenant des spécialistes de l’information organique et consignée. Les archives sont devenues une “ressource”, comme les ressources humaines, que l’on doit maintenant savoir “gérer”.

Ce changement rapide s’explique par l’importance grandissante de la gestion documentaire (“record management”), de la gestion intégrée et de la gestion électronique des documents. C’est un phénomène extrêmement stimulant: les archivistes entrent dans les grandes organisations, font valoir leurs compétences, apprennent à parler le langage des gestionnaires et des décideurs. Il s’agit de beaux défis, qui impliquent des transformations majeures dans la pratique archivistique.

L’archiviste en crise d’identité

Système de gestion de l'information

Dans ce contexte, l’appellation même d’archiviste apparaît de plus en plus archaïque. Elle commence même à être contestée car elle passe mal dans les grandes organisations et le monde des technologies de l’information. On voudrait ainsi se débarrasser de l’image d’épinal qu’elle traîne avec elle: les vieux papiers, la poussière, le vieil homme solitaire qui classe des documents…

Parallèlement, il semble que toute la réflexion archivistique s’oriente maintenant vers la gestion – surtout électronique – des documents. Comme si les archivistes n’avaient plus aucun rôle culturel à jouer dans la société. En l’espace de quelques décennies, nous sommes passés d’un extrême à l’autre.

Revaloriser et renouveller le rôle culturel

Je constate quotidiennement qu’une grande partie de la population demeure attachée à cette image de l’archiviste féru d’histoire. Elle s’attend d’ailleurs à ce que nous jouions ce rôle de diffuseur de la mémoire collective.

Utilisation des codes QR, exposition Notman, Musée McCord

Loin d’être passéiste, je suis à la recherche de nouvelles avenues pour repositionner l’archiviste en tant qu’acteur du milieu culturel. Je suis à l’affût des pratiques permettant de mettre en valeur les archives et leur contenu.

Si vous souhaitez partager des expériences, des bons coups, des idées folles et innovatrices, je vous invite simplement à m’écrire ou encore à me suivre sur Twitter à archeion01.

Renseignements personnels: Facebook vs Centres d’archives

J’ai appris récemment que Facebook entendait vendre à des entreprises les adresses et numéros de téléphone de ses utilisateurs. À ma connaissance, c’est une pratique qui va clairement à l’encontre de la loi québécoise sur la protection des renseignements personnels. Néanmoins, en toute connaissance de cause, Facebook va de l’avant avec ce projet.

Dans mon esprit, le premier objectif de la loi était justement de prévenir ce type d’abus. Il semble toutefois qu’elle manque désespérément de mordant puisque les dirigeants de Facebook ne semblent guère s’en soucier. La loi apparaît ainsi impuissante au moment le plus crucial: lorsque vient le moment de  contrôler les agissements d’une grande corporation possédant des quantités phénoménales d’informations personnelles. Plus encore, ces informations en format électronique sont faciles à diffuser – ou à égarer – et s’avèrent très utiles pour les fraudeurs.

Pendant ce temps, cette même loi est souvent invoquée pour empêcher la diffusion de documents à caractère historique. La présence d’informations permettant d’identifier des individus (nom, adresse, numéro de téléphone, etc…) entraîne des restrictions à l’accès pour une période de 100 ans ou de 30 ans après le décès de la personne concernée. Une interprétation stricte de la loi rend même illégale la publication de répertoires généalogiques (baptêmes, mariages, sépultures) pour la période contemporaine.

Sans nier l’importance de protéger la vie privée des individus, est-ce que l’on peut s’accorder pour dire que la loi rate peut-être sa cible? Disons que, jusqu’à présent, je n’ai pas vu beaucoup de fraudeurs, ou d’entreprises de télémarketing, venir au centre d’archives, signer le registre de consultation, dans l’espoir de dénicher des renseignements sur de potentielles victimes… Pourquoi se donner tant de mal quand on peut consulter Facebook ou un bon vieux bottin téléphonique!


Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé

http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=/P_39_1/P39_1.html